Affichette « à vendre » interdite !
Ah, sujet délicat s’il en est, qui vient titiller les dernières terminaisons nerveuses d’un pauvre citoyen déjà au bord de l’apoplexie. Tenez-vous bien, car voici une nouvelle preuve, s’il en fallait une, que notre chère patrie marche sur la tête, les deux pieds dans le ciment de l’absurdité administrative.
L’affichette « À Vendre » : ce nouveau crime de lèse-majesté étatique !
Il fut un temps, pas si lointain, où le bon sens paysan régissait encore un tant soit peu nos existences. Un temps où, pour vendre sa vieille guimbarde qui avait rendu de fiers services, le quidam moyen, cet honnête travailleur déjà pressé comme un citron par le fisc, pouvait simplement apposer sur sa vitre une feuille de papier. Un simple « À Vendre », un numéro de téléphone, le prix, et l’affaire était dans le sac. C’était simple, c’était direct, c’était… humain.
Mais chassez le naturel, la bureaucratie revient au galop ! Voilà que j’apprends, la bile au bord des lèvres, que cette pratique ancestrale, ce vestige d’un monde où tout ne passait pas par une application mobile ou un site internet avide de commissions, est désormais un délit. Oui, un DÉLIT ! Vous avez bien lu. Osez, pauvres hères que vous êtes, coller votre misérable A4 sur votre Twingo fatiguée stationnée dans la rue, et le bras vengeur de la loi s’abattra sur vous avec la délicatesse d’un char d’assaut.
Jusqu’à 750 euros d’amende ! Sept cent cinquante euros ! Pour une affichette ! Sommes-nous donc tombés à ce point dans le ravin de la stupidité administrative ? Pendant que des pans entiers de notre société sombrent dans l’incivilité la plus crasse, que la délinquance prospère au grand jour, l’État, dans sa grande sagesse, a décidé de mobiliser ses forces pour traquer… le vendeur de voitures d’occasion du dimanche. C’est une forfaiture, une insulte à l’intelligence !
Et le comble de l’ignominie, le sommet de cette montagne d’ineptie, c’est la justification. On nous parle de l’article R644-3 du Code pénal, un texte qui, dans son essence, vise à empêcher la vente à la sauvette et la transformation de l’espace public en souk permanent. L’intention est louable, mais son application est ici d’une perversité sans nom. Assimiler le brave père de famille qui se sépare de son monospace pour en acheter un moins gourmand à un marchand de sommeil ou à un vendeur de contrefaçons est une abjection.
Et la menace ultime : la confiscation du véhicule ! On croit rêver. Pour un bout de papier sur une vitre, l’État peut donc vous priver de votre bien. Votre voiture, pour laquelle vous avez sué sang et eau, pour laquelle vous payez une assurance exorbitante, un contrôle technique ruineux et des taxes sur le carburant qui relèvent du racket organisé, peut vous être retirée comme on confisque un jouet à un enfant capricieux. C’est du délire pur et simple, une démonstration de force totalement disproportionnée face à un « crime » qui n’en est pas un.
Ah, mais attendez, me dit-on, il y a une solution ! La sacro-sainte « autorisation municipale ». Il suffirait donc de quémander, tel un serf devant son seigneur, le droit d’afficher son intention de vente. Il faudrait remplir des formulaires en triple exemplaire, patienter des semaines durant que quelque fonctionnaire zélé daigne apposer son tampon, pour un résultat qui n’est même pas garanti. Quinze jours d’attente, nous dit-on ! Le temps que votre acheteur potentiel ait déjà trouvé son bonheur ailleurs, probablement sur une plateforme en ligne qui, elle, ne se privera pas de prendre sa dîme au passage.
Voilà où nous en sommes. Dans un monde où l’on nous enjoint à la sobriété, au recyclage, à l’économie circulaire, on interdit le moyen le plus simple et le plus écologique de donner une seconde vie à un véhicule. On pousse les gens vers des solutions dématérialisées, impersonnelles et souvent payantes, au détriment du contact humain et de la débrouillardise.
Cette interdiction n’est pas un détail. C’est le symptôme d’une maladie grave qui ronge notre société : une méfiance maladive de l’État envers ses propres citoyens, une volonté obsessionnelle de tout contrôler, tout régenter, tout taxer. C’est la victoire de l’administration kafkaïenne sur le bon sens populaire.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez une voiture avec une affichette « À Vendre », ne voyez pas un délinquant. Voyez un résistant. Un homme ou une femme qui, par un simple geste, refuse de se soumettre à la tyrannie de l’absurde. Quant à moi, cette histoire m’a définitivement ulcéré. Il est grand temps de remettre un peu de raison dans la machine infernale, avant que l’on nous interdise de siffler dans la rue sous prétexte de nuisance sonore. On n’en est, hélas, probablement pas si loin.
