L’imposture du petit geste : comment on culpabilise le citoyen pour masquer l’inaction politique
Qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : le cirque a assez duré. Voilà des années que nos gouvernants, bardés de certitudes et drapés dans une condescendance crasse, nous serinent la même antienne hypocrite : si la planète brûle, ce serait uniquement de votre faute. De la mienne. De celle du quidam qui oublie d’éteindre sa veilleuse ou qui ose manger une tranche de jambon. « Il faut faire de la pédagogie », pérorent-ils à longueur de tribunes, sous-entendant sans vergogne que le peuple est simplement trop sot pour comprendre l’urgence du désastre.
Cette fable grotesque porte un nom : le modèle du déficit informationnel. Une duperie monumentale, brillamment déconstruite par Albert Moukheiber dans son intervention.
Le striatum à dos : le réductionnisme érigé en alibi
Pour dédouaner les véritables architectes du désordre, certains esprits chagrins ont poussé l’indécence jusqu’à incriminer notre propre biologie. On vous explique doctement que nos cerveaux seraient « câblés » pour tout saccager, asservis à une région cérébrale avide de récompenses immédiates : le striatum.
Quelle paresse intellectuelle ! Quel saut périlleux invraisemblable que d’extrapoler des expériences sur des rongeurs en cage pour justifier l’inertie de nos sociétés modernes. Examiner l’anatomie cérébrale pour expliquer l’effondrement écologique revient très exactement à scruter les atomes de la carrosserie pour éclairer les causes d’un accident de voiture causé par le verglas. C’est un contresens méthodologique absolu.
L’être humain n’agit pas hors sol ; il évolue au sein d’une structure, d’un environnement, de règles collectives. Si les artères urbaines sont saturées de chaînes de restauration rapide et d’incitations permanentes au gaspillage, imputer ces comportements à la seule défaillance morale de l’individu relève de la malhonnêteté pure.
Les politiques et l’art d’esquiver la contrainte systémique
On ne règle pas un problème d’embouteillages en inspectant le moteur d’une seule berline : l’embouteillage est un phénomène global qui naît de la masse. De la même manière, le basculement écologique ne dépend pas des efforts microscopiques isolés, mais de l’organisation concrète du territoire, de la grille des salaires, de la tarification et de la rigueur des lois.
L’histoire récente prouve pourtant l’efficacité du cadre réglementaire : les campagnes moralisatrices contre le tabagisme n’ont jamais produit le moindre effet tangible tant que le législateur n’a pas pris le problème à bras-le-corps en haussant drastiquement les prix et en bannissant la cigarette des lieux clos.
Tant que les décideurs publics refuseront d’imposer des contraintes fermes aux géants de l’industrie et de repenser les infrastructures, toutes leurs leçons de morale ne seront que du vent destiné à masquer leur démission. Les gestes individuels ne constituent pas le moteur du changement : ils n’ont d’intérêt que pour forcer l’instauration d’une norme collective contraignante.
Le constat complet d’Albert Moukheiber est à retrouver dans la vidéo de la chaîne PRISME :
