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La comédie des faux vertueux : l’intelligence artificielle boit la tasse pendant qu’on noie les plaines

Par un citoyen au bord de l’apoplexie.

Il fallait s’y attendre. Les ligues de vertu numérique et les commentateurs de salon ont enfin déniché leur nouveau coupable idéal : l’intelligence artificielle nous assoifferait. Rien de moins. À les écouter glousser sur leurs estrades virtuelles, chaque prompt tapoté sur un clavier siphonnerait une gourde d’un demi-litre dans la bouche d’un orphelin du tiers-monde. Quelle farce grotesque. Quelle paresse intellectuelle monumentale. On prend des extrapolations grossières, on les assaisonne d’un catastrophisme à la petite semaine, et l’on sert au bon peuple une fable culpabilisante pour lui éviter d’ouvrir les yeux sur des décennies d’incurie politique et de gabegie industrielle.

Qu’on ne s’y trompe pas : je ne viens pas tresser des couronnes de laurier aux barons de la Silicon Valley, dont la duplicité et l’appétit financier me soulèvent le cœur. Mais cette indignation sélective m’exaspère au plus haut point.

Regardez la réalité en face, bon sang. L’agriculture dévore à elle seule 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce. Des nappes fossiles millénaires, piégées sous terre depuis la dernière glaciation, sont pompées jusqu’à la moelle, transformées en mines à ciel ouvert pour ne jamais se reconstituer à l’échelle de nos misérables existences. Et l’on voudrait nous faire croire que le tarissement des rivières débute avec l’avènement des grands modèles linguistiques ? Quelle insulte à l’intelligence.

Pendant que la meute s’acharne sur un processeur, nos modes de vie continuent de patauger dans le délire le plus complet :

  • L’assiette carnée et l’illusion maraîchère : Quinze mille litres d’eau pour un malheureux kilogramme de bœuf, des millions de mètres cubes détournés pour engraisser du fourrage. Et ces fameux avocats, parangons de la bienséance diététique occidentale, qu’on arrache à des terres chiliennes exsangues où les riverains doivent racheter leur propre eau croupie à des camions-citernes.
  • Le textile jetable de la honte : Sept mille litres pour fabriquer un pantalon en toile de jean, sablé et délavé à grand renfort de chimies toxiques que l’on déverse sans vergogne dans des fleuves martyrs. Tout cela pour une harde portée trois fois, produite par tiers à perte, et qui finira incinérée sans avoir jamais servi.
  • L’indécence sur gazon et les caprices de saison : Plus de deux millions de litres quotidiens par terrain pour arroser les parcours de golf en plein cagnard aride. En France, nos dirigeants s’illustrent encore par des arrêtés préfectoraux complaisants : l’administré ordinaire écope d’une amende s’il arrose ses carottes, mais les pelouses des notables restent vertes sous les étoiles. Ajoutez-y les canons à neige qui vident les lacs d’altitude pour prolonger artificiellement le modèle économique d’un tourisme à l’agonie, ou le milliard et demi de litres évaporé le jour de la Saint-Valentin pour importer des roses coupées d’Afrique de l’Est.

Le numérique d’hier n’avait d’ailleurs pas attendu l’IA pour dilapider la ressource. Qu’en est-il du minage de cryptomonnaies ? Près d’un million et demi de litres d’eau englouti pour fabriquer un seul bitcoin, actif virtuel dormant sur des comptes spéculatifs pendant qu’une armée de serveurs vrombit jour et nuit dans un gouffre énergétique insensé. Sans parler des cinq milliards d’heures de vidéo haute définition ingurgitées chaque jour par une population gavée d’écrans.

Mais revenons à cette fameuse intelligence artificielle. Deux types de consommation s’y mêlent, et la malhonnêteté commence dès qu’on refuse de les distinguer :

  • Le refroidissement direct sur site : Il s’agit de deux à trois gouttes par requête textuelle — moins d’un tiers de millilitre. Même l’entraînement initial d’un monstre informatique réclame une dépense circonscrite dans le temps, sans commune mesure avec l’hémorragie quotidienne des bassins industriels.
  • L’empreinte indirecte des centrales électriques : C’est là que git l’artifice rhétorique du Washington Post. En additionnant la soif des turbines thermiques ou nucléaires nécessaires à la production de kilowattheures, on vous concocte ce prétendu demi-litre par courriel rédigé. Mais un watt produit en France ne soutire pas la même eau qu’un watt arraché à une centrale au charbon texane.

Ce mensonge par omission sert d’écran de fumée. Pourtant, il ne s’agit pas de dédouaner ces multinationales tentaculaires. Microsoft, Google et consorts avouent eux-mêmes une explosion de plus de 30 % de leurs bilans hydriques ces dernières années. Contrairement à la prédation agricole qui stagne dans sa lourdeur historique, l’appétit des mégaserveurs enfle à une cadence vertigineuse. Ces mastodontes vont implanter leurs hangars voraces là où le kilowatt coûte des clopinettes, souvent au cœur de territoires déjà asséchés par le climat, créant des tensions insupportables pour les populations locales.

Ne soyons dupes d’aucune fable. Ériger le calcul automatisé en bouc émissaire de la sécheresse globale relève d’une couardise politique crasse, tout comme absoudre la trajectoire folle de ces entreprises serait une démission civique. Exigeons une transparence absolue des comptes et des implantations, mais cessons d’avaler les fadaises de ceux qui s’indignent d’un clic de souris pendant que leur mode de vie tout entier vide les nappes sous nos pieds.

Sources tonton ronchon

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