Les délires de la maternelle au berceau : quand la technocratie perd la tête

Il fallait oser. Après avoir laissé les comptes de la nation dans un état de délabrement qui confine au désastre, voilà que notre ancien ministre de l’Économie et du Budget, pris d’une illumination soudaine face aux résultats calamiteux de l’enquête PISA, s’en va plastronner sur les plateaux de télévision. Sa trouvaille pour sauver l’instruction publique et résorber des écarts de langage de 500 à 1 500 mots chez les petits de trois ans ? « Avancer la maternelle de trois ans à un an ». Rien que cela. On croyait avoir touché le fond de la déconnexion politique, mais nos élites ont manifestement décidé de creuser encore.

La biologie et le bon sens piétinés d’un revers de manche

Pour pondre une ânerie pareille, il faut n’avoir jamais tenu un nourrisson dans ses bras ou vivre dans une stratosphère étanche à toute réalité humaine. Un bambin de douze mois ne marche pas, bafouille à peine et traverse la période la plus vulnérable de son existence.

Faut-il rappeler à ces messieurs des ministères les travaux du psychiatre John Bowlby sur l’attachement ? La première année de vie n’est pas faite pour ingurgiter un programme ou subir la promiscuité d’un groupe sous la houlette d’un instituteur. Elle sert à construire ce lien de sécurité avec une figure de référence, ce socle affectif sans lequel aucune confiance, aucune curiosité et aucune exploration future ne sont possibles. Vouloir arracher des nourrissons à ce cocon pour les jeter dans un moule collectif précoce relève d’une violence institutionnelle inouïe. On ne bâtit pas des facultés cognitives sur un terrain affectif précarisé.

Et que dire de l’argument le plus trivial, celui que nos grands clercs méprisent depuis leurs salons feutrés : la propreté ? La pédiatrie la plus élémentaire nous rappelle qu’avant 18 à 24 mois, la maturité neurologique des sphincters n’existe tout simplement pas. La continence diurne ne s’acquiert en moyenne qu’entre deux et trois ans. Bruno Le Maire imagine-t-il transformer les salles de classe en usines à couches géantes ? Prétend-il exiger des professeurs des écoles qu’ils passent leurs journées à torcher des nourrissons entre deux comptines ?

Ce cadre adapté aux tout-petits existe déjà : cela s’appelle une crèche. L’Institut national d’études démographiques (INED) montre d’ailleurs très bien qu’un accueil collectif de qualité favorise le vocabulaire des enfants défavorisés. Mais cette réussite repose sur le travail de puéricultrices formées, sur des ratios d’encadrement très stricts et sur le respect du rythme biologique de l’enfant, certainement pas sur une mise au pas scolaire précoce.

L’amnésie budgétaire érigée en méthode de gouvernement

Le comble de l’indécence réside dans le silence assourdissant autour de la facture. Venant d’un homme qui a géré le Budget puis régné sept ans sur Bercy, cette omission relève de la pure tartuferie. NON MAIS QUELLE BLAGUE !

Mettre en place une telle lubie exigerait entre 10 et 15 milliards d’euros par an. Des milliards pour construire des locaux adaptés aux nourrissons, recruter des dizaines de milliers de professionnels et adapter les infrastructures. Alors même que nos maternités ferment, que les hôpitaux s’effondrent et que les crèches manquent cruellement de personnel faute de salaires décents, on agite des miroirs aux alouettes à coups de milliards imaginaires.

Cette agitation médiatique n’a qu’un but : masquer l’échec cuisant des politiques éducatives menées depuis des décennies par des phrases chocs et des slogans creux. Ces messieurs feraient mieux de s’assurer que nos écoles primaires disposent de maîtres en nombre suffisant et que les crèches publiques reçoivent enfin les moyens de fonctionner, plutôt que de traiter des nourrissons en couches comme des variables d’ajustement électorales.

Quand on pense que Bruno Le Maire est candidat à la présidence de la République ! Au secours !

Sources tonton ronchon

Déclaration de Bruno Le Maire

Analyses et critiques de la proposition

Théorie de l’attachement (Bowlby)

Propreté et maturité des sphincters

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