Le Sexe des anges au chevet de la République agonisante
Ah, mes chers neveux et nièces de misère, approchez-vous du feu crépitant de ma colère, car une fois de plus, le théâtre de l’absurde qui nous sert de gouvernement nous offre une représentation dont le grotesque le dispute à l’indécence.
Le rideau va bientôt tomber sur l’énième acte de cette tragicomédie qu’est la macronie. Dans une chorégraphie désormais aussi prévisible qu’affligeante, Monsieur Bayrou, grand vizir d’un jour, s’apprête à solliciter une confiance que personne, et surtout pas moi (ni même lui), ne songe à lui accorder. Le gouvernement tombera. Encore. Et nos chers histrions, nos ministres de pacotille, repartiront vers de nouvelles sinécures, les poches lestées d’avantages et de prébendes que leur passage éclair, mais ô combien profitable, leur aura assurés.
Pendant ce temps, le pays, le vrai, celui qui sue et qui peine, s’enfonce dans un marasme sans fond. La dette ? Un gouffre abyssal qui ferait passer le Grand Canyon pour une simple tranchée. La rue ? Un brasier de colères et de frustrations que ces pyromanes en cravate ne savent plus comment éteindre. Le locataire de l’Élysée ? Il atteint des sommets d’impopularité qui laisseraient pantois les monarques les plus haïs de notre Histoire.
Le bon sens, la plus élémentaire des décences, voudrait que chaque minute, chaque parcelle d’énergie de ces gouvernants de passage soit consacrée à l’essentiel : colmater les brèches du navire France, tenter de redresser une économie en lambeaux, apaiser les tensions d’une société à vif. Bref, gouverner.
Mais ce serait mal connaître l’inanité de nos élites. Car Madame Élisabeth Borne, dont le fauteuil ministériel tremble déjà sur ses fondations, a une urgence, une croisade, une mission divine qui ne saurait attendre la prochaine débâcle : elle veut corriger une injustice séculaire, une infamie gravée dans la pierre, une insulte au progrès ! Son grand œuvre testamentaire ? Dégenrer la devise du Panthéon.
Oui, vous avez bien lu. « Aux Grands Hommes, la Patrie Reconnaissante ». Cette formule, simple et puissante, lui heurte la conscience. Elle n’est pas « inclusive ». Elle « décourage les femmes ». Et la voilà qui, dans un dernier hoquet de zèle idéologique, nous somme « d’ouvrir le débat ». Mais quel débat, grands dieux ? Avons-nous donc épuisé tous les autres sujets ? Le chômage, l’inflation, l’insécurité, l’effondrement des services publics, tout cela est-il donc réglé pour que nous puissions nous adonner à cette logomachie stérile ?
On croit rêver. On se pince pour s’assurer que l’on n’est pas le jouet d’une hallucination collective. On imagine déjà les coûts faramineux pour « rallonger » le fronton, les commissions d’experts en « écriture inclusive », les débats sans fin pour savoir s’il faut écrire « Aux Grandes Femmes et aux Grands Hommes », « Aux Personnes Illustres » ou quelque autre baliverne issue de cette novlangue qui défigure notre patrimoine.
Le plus affligeant dans cette affaire est sans doute le béotisme crasse qu’elle révèle. Faudrait-il donc rappeler à une ancienne Première Ministre que le mot « Homme », lorsqu’il est affublé d’une majuscule, comme c’est le cas ici, désigne l’Humanité dans son ensemble ? Il transcende le genre pour embrasser l’espèce. C’est le fondement même de notre langue et de notre culture humaniste. Mais il est vrai que l’inscription étant entièrement en capitales, cette nuance a pu échapper à son regard subtil… C’est une insulte non seulement à l’intelligence des citoyens, mais aussi à la mémoire de Simone Veil, de Marie Curie, de Germaine Tillion et de toutes les femmes illustres qui reposent en ce lieu et qui, n’en doutons pas, avaient infiniment plus de hauteur de vue que nos actuels bateleurs.
Alors que la maison brûle, nos dirigeants s’occupent de la couleur des rideaux. Alors que le peuple a faim, ils lui proposent des jeux de mots. Cette obsession pour le sociétal, ce besoin de fracturer, de diviser, de tout passer au tamis d’une idéologie victimaire, est le symptôme ultime d’une classe politique totalement déconnectée du réel, qui préfère agiter des fétus de paille identitaires plutôt que de s’attaquer aux véritables montagnes qui nous barrent la route.
Nous devenons fous. Collectivement. Gouvernés par des esprits étriqués dont la seule ambition semble être de laisser une trace de leur passage en saccageant un symbole. Leur monde n’est pas le nôtre. Leur urgence n’est pas la nôtre. Leur débat n’est que le bruit de fond de notre propre effondrement.
Tonton Ronchon a toujours de bonnes raisons de ronchonner.

