Le grand naufrage : comment nous choisissons joyeusement de devenir des légumes
Mesdames, Messieurs, et vous autres qui passez votre temps à scroller en attendant que la mort vous cueille, écoutez-moi bien car l’heure est grave. Non, je ne vais pas vous parler du prix du gasoil ou de la dernière bouffonnerie gouvernementale, bien que Dieu sait qu’il y aurait matière à disserter. Je veux vous parler de quelque chose de bien plus insidieux, de bien plus terrifiant : notre suicide intellectuel collectif.
Le constat est accablant, d’une noirceur absolue. Nous ne courons pas vers l’abîme, nous y sautons à pieds joints avec un sourire béat et une foi aveugle dans la technologie.
L’illusion de la compétence ou le triomphe de la médiocrité
C’est fascinant, n’est-ce pas ? Tout le monde se prend pour un génie aujourd’hui. Il suffit de taper trois mots dans une fenêtre de chat pour se sentir l’âme d’un philosophe ou d’un expert en astrophysique. Quelle tartufferie ! Quelle arrogance crasse ! Les utilisateurs de l’intelligence artificielle confondent systématiquement le résultat et le processus. Mais bon sang, apprendre, ce n’est pas « avoir la réponse » ! Apprendre, c’est souffrir, c’est encoder, c’est pratiquer, c’est se tromper. C’est un processus biologique, électrique, qui demande de l’effort.
Mais l’effort, c’est sale, n’est-ce pas ? C’est fatiguant. Alors on délègue. On sous-traite notre cerveau à des algorithmes. On court-circuite l’étape cruciale de la pratique et de la métacognition. Résultat ? Nous sommes en train de créer une dette cognitive monstrueuse. C’est exactement comme la dette financière que nos dirigeants creusent depuis quarante ans, mais celle-ci, elle se paiera en neurones atrophiés et en incapacité totale à réfléchir par soi-même.
Des professionnels en carton-pâte
Le plus effrayant, c’est que cette gangrène touche déjà le monde professionnel. Regardez ces jeunes « développeurs » qui ne savent pas écrire trois lignes de code sans leur nourrice numérique. Ils se croient chefs d’orchestre, mais ils ne sont même pas capables de jouer du pipeau ! L’analogie culinaire est d’une justesse effroyable : l’IA est un simple commis de cuisine. Si vous êtes un grand chef — un senior qui maîtrise ses bases — elle vous fait gagner du temps. Mais si vous n’avez jamais épluché une patate de votre vie (les juniors), vous n’êtes pas un chef, vous êtes un imposteur ! Vous pilotez une brigade que vous ne comprenez pas. Le jour où la machine déraille, vous êtes nu, incapable, inutile. C’est d’une tristesse abyssale.
Le retour à l’âge de pierre pour sauver ce qu’il reste
Et que faisons-nous face à ce désastre ? Quelle est la solution de notre magnifique système éducatif en déroute ? Le retour au papier et au crayon. Rendez-vous compte de l’absurdité de la situation ! Nous avons créé des outils d’une puissance divine, et nous sommes obligés de les interdire et de revenir aux tablettes d’argile pour vérifier que les humains ont encore une once de jugeote.
C’est un aveu d’échec retentissant. Nous sommes incapables de discipline. La paresse n’est pas un défaut chez nous, c’est une fonctionnalité biologique, une pente naturelle. L’IA, c’est l’ascenseur pour le cerveau. Et personne, je dis bien personne, ne prend les escaliers quand l’ascenseur est là, sauf une poignée d’irréductibles masochistes.
La servitude volontaire
Alors ne venez pas pleurnicher quand vous ne saurez plus faire une division euclidienne ou rédiger une lettre sans l’aide de votre doudou artificiel. Ce n’est pas la faute de la machine. La machine, elle, elle fait ce qu’on lui dit. C’est votre faute. C’est notre faute. Nous avons le choix. Nous pourrions utiliser ces outils comme des tuteurs exigeants, des « sparring partners » qui nous poussent à l’excellence. Mais non, nous préférons la facilité, le gavage, la lobotomie douce.
L’avenir qui se dessine est d’une violence inouïe : il y aura une caste d’élites qui aura fait l’effort d’apprendre « à l’ancienne » et qui dominera une masse de zombies assistés incapables de connecter deux neurones sans Wi-Fi.
Allez, continuez à scroller, continuez à demander à votre machine de penser à votre place. Le réveil sera brutal, et ne comptez pas sur moi pour vous plaindre.
