L’Europe à genoux : Chronique d’une trahison consentie
Il est des moments où le silence devient complicité et où la modération n’est plus que le paravent de la lâcheté. Nous vivons l’un de ces moments. Sous nos yeux ébahis par tant d’aplomb dans la démission, l’Union européenne, ce prétendu titan économique fort de 450 millions de consommateurs, s’échine à organiser sa propre vassalisation avec un zèle qui confine au grotesque. Les récents accords commerciaux avec le Mercosur et les États-Unis ne sont pas des compromis ; ce sont des actes de reddition signés avec le sourire des benêts.
Le Mercosur, ou l’art de poignarder nos agriculteurs
Voilà donc que nos chers technocrates de la Commission, dans leur infinie sagesse, valident un accord commercial avec le Mercosur. On nous promet, la main sur le cœur, des « actes juridiques » pour protéger nos filières dites « sensibles ». Quelle fumisterie ! Quelle insulte à l’intelligence de ceux qui labourent nos terres ! Pendant que nous imposons à nos éleveurs et à nos maraîchers des normes sanitaires et environnementales qui relèvent de la préciosité tatillonne, nous nous apprêtons à ouvrir nos marchés à des produits issus d’une concurrence qui s’en affranchit allègrement.
Le spectre qui resurgit n’est pas une illusion, c’est la réalité crue d’une concurrence déloyale, orchestrée par ceux-là mêmes qui devraient nous en préserver. Paris, dans un sursaut de dignité, réclame des clauses de sauvegarde robustes. Peine perdue ! On nous noie sous un jargon lénifiant pour mieux faire passer la couleuvre d’une capitulation qui ne dit pas son nom.
L’humiliation américaine : payer pour être battu
À peine remis de cette première avanie, voilà que l’Europe signe avec les États-Unis un pacte qui s’apparente moins à un traité qu’à un acte d’allégeance. Le tableau est d’une clarté sidérante : dès le mois d’août 2025, la quasi-totalité de nos exportations se verra écrasée par un droit de douane de 15 %. Pour nos industries de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, la sentence est plus lourde encore : 50 % ! Un coup de fusil destiné à couper les ailes de notre industrie.
Et en contrepartie de cette Bérézina économique ? Des miettes. Des quotas sur des produits sans intérêt stratégique. Le véritable échange, le voici, abject et sans fard : l’Europe s’engage à acheter pour 700 milliards d’euros d’énergie américaine sur trois ans. Nous payons donc rubis sur l’ongle pour nous enchaîner à une puissance unique, pour instaurer notre propre dépendance structurelle, pour saboter notre souveraineté future. C’est un chef-d’œuvre de masochisme stratégique !
Pourquoi cette veulerie ?
La question lancinante demeure : pourquoi ? Pourquoi cette constance dans l’abaissement ? Pourquoi ce géant économique se comporte-t-il comme un nain tremblant ? La Commission européenne marmonne des mots comme « compromis » et « ouvertures progressives ». Mais ces mots sont creux. Sur le terrain, ce sont nos industriels, nos agriculteurs, nos emplois qui sont sacrifiés sur l’autel d’un dialogue que l’on sait pertinemment déséquilibré.
L’Union européenne pourrait imposer ses règles, exiger la réciprocité, se battre avec l’acharnement de celui qui défend les siens. Elle choisit la « capitulation feutrée ». On ne peut que s’indigner devant cette Europe qui a peur de sa propre puissance, qui brade ses forces vives pour quelques bonnes grâces de ses « partenaires ». Ce n’est plus de la politique, c’est de l’abandon. Et face à un tel renoncement, la colère n’est pas seulement un droit, elle est un devoir.

