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Le Sacre de l’Ignorant-Roi, ou la conspiration de l’espace insécable

Ah, me voilà bien ! Il ne manquait plus que ça pour parfaire ma journée déjà bien entamée sur les sentiers de la consternation. Vous me parlez d’un « influenceur » ? Ce néologisme barbare qui désigne désormais ces pontifes du vide, ces prophètes de l’insignifiance qui, du haut de leur trône en plastique, abreuvent des légions d’esprits chloroformés de leur savoir de pacotille.

Et quel savoir, mes aïeux ! Le voilà donc, notre héraut des temps modernes, l’œil fiévreux et le verbe sentencieux, nous « alertant » sur une cabale planétaire ourdie dans les tréfonds numériques de ChatGPT. Une conspiration ! Un complot ! Des « filigranes cachés », rien de moins ! On imagine déjà les officines secrètes, les codes indéchiffrables, la résistance s’organisant à la lueur d’une bougie.

La montagne accouche d’une souris, et quelle souris ! Une misérable, une ridicule, une pathétique ESPACE INSÉCABLE ! Ce fameux U+202F connu de n’importe quel apprenti typographe ou de quiconque a eu la curiosité d’ouvrir un manuel de mise en page il y a vingt ans (ou a simplement cherché sur Internet). Mais non ! Pour notre Sherlock Holmes du dimanche, cette banalité technique devient la preuve irréfutable d’une manipulation des masses. Le voilà qui, tel un archéologue devant le sceau de Toutânkhamon, analyse ce code Unicode avec la gravité d’un juge d’instruction, érigeant son ignorance crasse en étendard de la vérité.

C’est là que le spectacle devient véritablement affligeant. Car ce n’est pas tant la bêtise d’un seul homme qui me révulse, mais l’écho qu’elle rencontre. La véritable tragédie, elle est dans cette cohorte de thuriféraires, dans cette claque béate qui, en commentaires, le couvre de lauriers. « Merci pour cette information capitale ! », « Tu nous ouvres les yeux ! ». Quelle information ? Quels yeux ? On croirait assister à une messe noire où l’on célébrerait la déchéance de l’intellect.

C’est la consécration de ce que des esprits autrement plus brillants que nos agités du bocal ont nommé l’effet Dunning-Kruger. Cette plaie purulente de notre époque où l’ignorant, boursouflé de certitudes, non seulement étale sa méconnaissance mais s’en drape comme d’une toge d’expert. Moins on en sait, plus on pérore. Et le pire, c’est que ça fonctionne ! La vacuité abyssale de son propos est entièrement comblée par l’assurance avec laquelle il le débite.

Alors, on me dit que certains, par un reste de ce que l’on nommait jadis la raison, s’aventurent à déposer un commentaire « éducatif ». Quel optimisme ! Quelle foi admirable en la perfectibilité de l’être humain ! Tenter d’injecter une goutte de lucidité dans cet océan de niaiserie, c’est comme essayer d’éteindre un incendie de forêt avec un pistolet à eau. C’est un geste donquichottesque, magnifique dans son inutilité.

Pendant ce temps, les vrais sujets s’enlisent, les véritables scandales sont tus et la complexité du monde est réduite à des théories de comptoir par des histrions numériques pour un public qui ne demande qu’à être conforté dans sa propre ignorance.

Franchement, je ne sais pas ce qui est le plus désespérant : le bouffon qui s’autoproclame roi ou la foule qui l’applaudit. Sur ce, je retourne à mes grimoires, là où les espaces sont des espaces et où la bêtise n’est pas encore une vertu cardinale.

Sources tonton ronchon

L’origine du mal : ttps://www.instagram.com/reel/DNgZIG8syhV/?igsh=aTNwcmYwdnk1bWUz

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