L’opulence des parvenus et l’ascèse des gueux : la République du homard

Il est des moments où la patience, cette vertu dont on nous rebat les oreilles pour mieux nous endormir, finit par se dissoudre dans l’acide du mépris. J’ai visionné, les yeux exorbités par une incrédulité rageuse, ce condensé d’indécence que nous propose l’enquête de Blast sur le train de vie de nos « chers » représentants. Chers, ils le sont, au sens le plus comptable et le plus douloureux du terme.

La pyramide de l’indécence

Nous savions la classe politique déconnectée ; nous la découvrons en lévitation au-dessus du commun des mortels, nimbée dans un cocon de privilèges qui ferait passer la cour de Versailles pour un foyer de jeunes travailleurs. Tandis que le quidam s’escrime à comprendre pourquoi son paquet de pâtes a pris trente centimes, on apprend que le sommet de la pyramide — ces monarques de l’exécutif [09:23] — émarge à plus de 16 000 euros bruts mensuels. Un détail, me direz-vous, si l’on compare cela aux responsabilités ? Soit. Mais c’est oublier que pour ces gens-là, le salaire n’est que de l’argent de poche [09:43].

Le véritable scandale, celui qui devrait faire descendre dans la rue le plus apathique des citoyens, c’est cette nébuleuse d’avantages en nature, ces « frais de représentation » qui servent de tiroir-caisse personnel à des élus dont le narcissisme n’a d’égal que l’épaisseur du portefeuille.

Les étoffes de la honte et les banquets de l’outrage

Comment ne pas s’étrangler de fureur devant ces édiles parisiens qui, avec un aplomb qui confine au sublime, justifient l’achat de robes Dior ou de manteaux Burberry à plusieurs milliers d’euros [12:10] par la nécessité de « bien représenter » la ville ? On croit rêver ! Se pavaner dans des soies luxueuses aux frais d’une population qui peine à renouveler ses chaussettes, voilà donc la conception moderne du service public.

Et que dire de ces sénateurs, ces vénérables barbons logés dans une chambre haute qui semble être devenue une annexe du Guide Michelin ? On y déguste de la sole et du foie gras pour le prix d’une pizza surgelée [21:39], le tout subventionné par le contribuable à hauteur d’un million d’euros. C’est proprement écoeurant. Pendant que nos étudiants font la queue aux banques alimentaires, la République rince sa « noblesse d’état » au jus de homard et au vin de garde.

L’insulte de l’effort

Le comble du cynisme est atteint lorsque ces mêmes individus, la bouche encore grasse de leurs banquets diplomatiques à un demi-million d’euros [25:37], viennent nous sermonner sur « l’effort » et la fin de « l’assistanat » [02:36]. Ils osent parler de rigueur budgétaire depuis des jets privés affrétés pour gagner deux heures sur un agenda de ministre [24:42], ou depuis des résidences secondaires entretenues par une armée de domestiques aux frais de la princesse.

Cette déconnexion n’est pas un accident de parcours, c’est une stratégie de caste. Comment un député, dont l’assemblée ne compte que 5 % de classes populaires contre 60 % de CSP+ [40:04], pourrait-il comprendre ce que signifie la « fin du mois » ? Pour eux, le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat est une devinette de salon [38:12].

La transparence, ce gros mot

Dès que l’on exige des comptes, ces messieurs-dames crient au « voyeurisme » ou à la « démagogie » [44:01]. Quelle outrecuidance ! Demander l’usage fait de l’argent public n’est pas une curiosité malsaine, c’est une exigence démocratique élémentaire. La Suède nous montre qu’une ministre peut démissionner pour un Toblerone acheté avec la mauvaise carte [35:43] ; en France, on peut claquer 100 000 euros dans un « dîner des sommets » et continuer à donner des leçons de morale le lendemain matin [14:33].

Nous ne sommes plus en démocratie, nous sommes dans une plutocratie qui s’ignore — ou pire, qui s’assume. Cette noblesse d’État, gavée de privilèges et de certitudes, ferait bien de se rappeler que l’Histoire a une fâcheuse tendance à se répéter lorsque le fossé entre le palais et la rue devient un précipice.

Je suis ulcéré. Je suis excédé. Et vous devriez l’être aussi.

TONTON RONCHON


Sources tonton ronchon

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