L’art de se taire face à la marée montante de la bêtise
Mesdames, Messieurs, chers compagnons d’infortune dans ce monde qui sombre joyeusement dans la médiocrité crasse, écoutez-moi bien ! J’en ai par-dessus la tête. Oui, l’ulcère me guette à chaque fois que j’allume la radio ou que je commets l’imprudence de lire les commentaires sous un article de presse. Nous avons tous vécu ce calvaire : cette discussion qui tourne en rond, où l’on tente désespérément d’injecter une once de raison dans un crâne hermétique et où nos arguments glissent comme de l’eau sur les plumes d’un canard en plastique.
Il paraît, selon l’article d’un certain Kitcreanet — et qui a le mérite d’être lucide — que ce n’est pas forcément une question d’intelligence, mais de « conditions favorables au dialogue ». Laissez-moi rire jaune !
Le problème, voyez-vous, c’est que nous ne débattons plus, nous assistons à des parades nuptiales d’egos boursouflés ! La psychologie cognitive, cette science qui tente d’expliquer l’inexplicable bêtise humaine, nous parle de « défense identitaire ». C’est fascinant d’horreur : dès que vous présentez un fait qui égratigne la petite image qu’ils ont d’eux-mêmes, c’est la fin. On assiste à des objections circulaires, des changements de sujet intempestifs et un rejet pur et simple de la réalité.
C’est le règne de l’effet Dunning-Kruger, ce fléau absolu qui fait que le premier imbécile venu surestime ses compétences dans des domaines qu’il ne maîtrise absolument pas. Ils n’écoutent pas, ils « rationalisent leurs positions préexistantes ». Nous ne sommes pas face à des esprits logiques, mais face à des êtres purement émotionnels qui tordent la logique pour défendre l’indéfendable. Et quand le terrain d’entente sur ce qui constitue une preuve valide n’existe même pas, le dialogue devient une chimère. On ne joue même plus avec les mêmes règles !
Alors, que faire ? Continuer à s’époumoner ? À se rendre malade ? Non ! Mille fois non ! Il est grand temps de pratiquer ce qu’on appelle, non sans une certaine pédanterie, « l’écologie personnelle ». Notre énergie mentale est une ressource limitée, bon sang ! Chaque heure que je perds à essayer de convaincre un mur est une heure volée à ma créativité, à mes lectures, à ma paix intérieure.
Ce n’est pas de l’élitisme, c’est de la survie ! Il faut arrêter de croire que se retirer d’une discussion stérile est un aveu de faiblesse ou une défaite. Au contraire, c’est un acte de salubrité publique. Il faut savoir dire : « Je réalise que nous avons des perspectives différentes » et tourner les talons. Ou encore, admettre que le désaccord est profond et que nous ne sommes pas là pour faire l’éducation du monde entier.
Arrêtons de nous prendre pour des messies ! Le « syndrome du sauveur » nous fait croire que nous avons la responsabilité divine d’éclairer les lanternes éteintes contre leur volonté. Quelle arrogance de notre part ! Il faut accepter, même si cela me fait grincer des dents, que chacun a le droit de conserver ses croyances erronées, de privilégier son petit confort émotionnel à la vérité factuelle et de stagner intellectuellement si ça lui chante. Nous ne pouvons pas imposer la croissance intellectuelle au forceps.
Il faut choisir ses combats, nom d’un chien ! Avant d’ouvrir la bouche, demandez-vous : est-ce que l’autre est de bonne foi ou cherche-t-il juste à marquer des points comme dans un jeu télévisé débile ? Est-ce que j’ai l’énergie pour ça ? Si la réponse est non, fuyez !
En fin de compte, la véritable sagesse n’est pas de gagner des débats sur Internet ou au café du commerce. C’est la capacité de discerner où investir notre précieuse attention. C’est admettre, avec une humilité qui m’écorche la gorge mais qui est nécessaire, que nous ne pouvons pas convaincre tout le monde.
Alors, laissons les médiocres se complaire dans leur médiocrité. Investissons notre énergie dans des échanges avec des gens qui partagent notre curiosité, dans des espaces où l’exploration intellectuelle vaut mieux que l’affrontement de coqs. Ce n’est pas du cynisme, c’est du réalisme pur et dur.
Sur ce, je vous laisse, j’ai un livre à lire et je compte bien ne pas en débattre avec mon voisin de palier.
